Balinisances, la création architecturale contemporaine à Bali (Indonésie) : entre héritage et projet.

Ref.: 43
Área temática: 01 Integridad física de los paisajes urbanos históricos
Fecha de recepción: 17/11/2008

AUTORES (* Autor principal)

LANCRET, Nathalie * (Francia) - CNRS / ENSA de Paris-Belleville

ABSTRACT

La réflexion porte sur la production architecturale contemporaine à Bali (Indonésie), dans un paysage géo-historique et culturel marqué par la prégnance d'organisations de sociétés anciennes et par le développement d'un tourisme national, régional asiatique et international. Elle s'intéresse aux projets qui proposent des relectures, des interprétations, voire des inventions, des dispositifs spatiaux locaux.
La question essentielle est celle de la création d'oeuvres originales qui construisent des éléments de différenciation entre les lieux et les sociétés.

La tendance se pose avec une acuité particulière à Bali qui est un « lieu investi » par ses habitants et par la communauté internationale. Selon des logiques différentes, le rapport à l'héritage est présent dans les aménagements quotidiens de l'espace et dans la construction des architectures. Ce rapport s'exprime le plus fréquemment sous forme de références implicites ou proclamées, utilisées entre autres depuis quelques décennies, comme argument commercial. On y observe des stratégies de mémoire différentes qui coexistent et se coproduisent sur le même territoire, du conservatisme le plus fort aux recompositions exotico-balinaises les plus inventives. En outre, Bali est un lieu de projets, d'expérimentations et de créations architecturales, certes liés à l'activité touristique, qui étend son influence dans la région sud-est asiatique et dans les lieux du tourisme balnéaire exotique.

Le processus n'est pas nouveau. On peut observer à des époques antérieures des phénomènes d'assimilation et de réinterprétation des héritages dans des architectures nouvelles. Cette dialectique qui procède notamment des « architectures savantes » et passe par des agents et des projets extérieurs a été fondatrice, à bien des égards, contribuant à façonner l'espace matériel de la ville contemporaine. Ainsi, dans la première moitié du XXe siècle, des projets réalisés par les Néerlandais composaient avec les dispositifs spatiaux locaux à l'échelle de l'espace domestique comme à celle de la ville.
Aujourd'hui, la donne est renouvelée du fait de la pluralité des lectures, de la diversité et du caractère contradictoire des stratégies à l'oeuvre, et des enjeux économiques puissants qui suscitent et sous-tendent les projets.
Ces observations me conduisent à réexaminer la proposition selon laquelle il y aurait aujourd'hui une rupture entre un passé local et un avenir international ou, plus précisément, entre des architectures traditionnelles locales et des architectures modernes internationales qui font fi des traces et des témoignages du passé. Dans cette analyse, la nouvelle donne de la mondialisation est présumée donner lieu à la diffusion d'un modèle hégémonique occidental et à l'effacement des singularités locales, tant dans les projets patrimoniaux que dans les créations de nouvelles architectures.
Si cette tendance est avérée en certains lieux, l'observation de la fabrication architecturale et urbaine actuelle met en lumière des projets qui composent sur différents registres avec l'espace matériel hérité. Ces projets localisés ou relocalisés produisent des oeuvres originales et créent, ce faisant, des éléments de différenciation entre les villes. Ils contribuent à renouveler la dialectique entre héritage et création, et ouvrent, dans le contexte actuel d'internationalisation marqué par une tendance globale supposée uniformisatrice, la voie d'une architecture vernaculaire moderne.

Les interrogations contribuent à une réflexion sur l'émergence d'une architecture moderne balinaise et, plus largement, architecture moderne régionale. Elles portent sur la réception locale de ces projets dans la production ordinaire et l'univers des pratiques; elles concernent également la réception régionale, posant la question de l'exportation d'un ou de modèle(s) balinais et de la construction d'une identité architecturale moderne qui ne se fait plus à l'échelle des anciennes organisations de société mais joue à une échelle régionale sud-est asiatique.

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