Siem Reap, tendances identitaires et création architecturale et urbaine au regard d'Angkor.

Ref.: 35
Área temática: 01 Integridad física de los paisajes urbanos históricos
Fecha de recepción: 14/11/2008

AUTORES (* Autor principal)

HÉTREAU-POTTIER, Aline * (Francia) - ENSA de Paris-Bellevile / IPRAUS

ABSTRACT

Depuis 1992, la réouverture du Cambodge et l'inscription du site d'Angkor au Patrimoine Mondial ont entraîné un cycle de transformations sans précédent qui n'ont fait que peu de cas des valeurs patrimoniales ­ architecturales, urbaines et paysagères ­ intrinsèques à la modeste ville voisine de Siem Reap. Malgré leur identification en amont, la connaissance des enjeux urbanistiques et la promulgation de cadres législatifs adaptés à un vaste plan de gestion et de protection (Zoning and Environmental Management Plan (ZEMP), UNESCO, 1993) qui élargit le périmètre des temples d'Angkor en inscrivant la ville et sa rivière dans la zone des paysages culturels protégés, les quinze dernières années se caractérisent par une opposition ­ au lieu de la conciliation attendue - entre développement et conservation. Cette situation aboutit à la confrontation de ces deux lieux de nature et de fonction opposées : Siem Reap, petite ville de services possédant des héritages non monumentaux et fragiles, face à Angkor, icône patrimonial de renommée internationale.
Alors qu'Angkor est passé de 40 000 visiteurs par an (en 1995) à presque deux millions (en 2008), la ville de Siem Reap s'est étendue au-delà de ses limites initiales; elle est devenue l'objet de transformations, de mutations et de recompositions architecturales et urbaines significatives dans un contexte politique et économique singulier. Alors qu'elle traverse une période de croissance unique dans son histoire, on peine à discerner une démarche urbanistique volontaire et maîtrisée. On constate, au contraire, un laisser-faire généralisé qui facilite la fabrication spontanée d'une ville par une succession de projets ponctuels dont le seul dénominateur commun réside souvent dans une rentabilité à court terme associée à des carences en termes de culture architecturale.
Dans le cadre d'un état des lieux de la situation architecturale et urbaine de Siem Reap, notre présentation s'attachera à souligner le développement de récentes créations, rénovations et reconversions architecturales de qualité qui, bien qu'elles tiennent encore souvent lieu d'exception, contribuent à une prise de conscience de l'identité et du caractère de la ville. Ces projets constituent autant de réalisations qui témoignent d'alternatives à une production massive de modèles architecturaux exogènes ou endogènes vaguement « plaqués » de motifs angkoriens.
Au-delà de l'omniprésence d'Angkor et de son image sur le développement de Siem Reap, les nouveaux projets architecturaux seront replacés dans le contexte de la commande, des enjeux politiques, économiques, spéculatifs et touristiques actuels, ainsi que des contraintes réglementaires et des acteurs de la production architecturale et urbaine.
Ces interventions témoignent du réel potentiel de la création architecturale à répondre à des impératifs économiques tout en intégrant des héritages culturels existants, à proposer des projets intégrés à un environnement ou à un contexte urbain particulier.
Elles illustrent les capacités qu'ils restent à explorer pour le futur de la ville tout en conservant une liberté dans l'utilisation des référents, en développant de nouvelles interprétations des architectures vernaculaires, religieuses, séculaires ou même angkoriennes, sans se limiter à une litanie de "citations" historiques aussi superficielles qu'inadaptées.
Elles font partie de ces projets rattachés au lieu, aux qualités paysagères de la ville, sans avoir recours "à un modèle unique" comme seule référence, une antithèse de la production artistique dite « authentique » ou « à la manière de », du simple « façadisme » qui ne manque pas à Siem Reap.

BIBLIOGRAFÍA