L´impact du Tourisme sur le paysage urbain historique : Marrakech entre « gentrification » et mutation des rites et des pratiques sociales et culturelles

Ref.: 177
Área temática: 02 Integridad funcional de los paisajes urbanos históricos
Fecha de recepción: 11/11/2008

AUTORES (* Autor principal)

TEBBAA, Ouidad * (Marruecos) - Univeristé Cadi Ayyad

ABSTRACT

Le mérite du concept de Paysage Urbain Historique (PUH)est d'aller au-delà de la logique du site ou du monument proprement dit, de désigner un ensemble, où les valeurs propres à chaque édifice comptent moins que le tout dont elles font partie intégrante.
Dès lors, le PUH renvoie à une totalité insécable, parce qu'il est structure matérielle et immatérielle, qu'il s'enracine dans le passé et qu'il est de plein pied dans le présent, qu'il réconcilie ce que l'esprit analytique sépare, appelant à une approche interdisciplinaire...Il est aussi et surtout un champs propice à une réappropriation de la vérité du lieu par ses habitants. Car le PUH ne recouvre pas uniquement des valeurs esthétiques ou patrimoniales, mais également sociales. Il doit être associé à une démarche de conservation qui, outre les caractères architecturaux ou artistiques, envisage le maintien sur place de la population, en particulier quand elle est fragile ou démunie...La rénovation du centre historique de Bologne a constitué en 1970 un projet emblématique de cette démarche, s'inscrivant dans une revendication sociale de nouveaux modèles de développement pour les villes.
Dans cette perspective, cette communication se propose de réfléchir à la rénovation du centre historique de Marrakech notamment sous la pression du développement touristique...
En effet, la ville de Marrakech (Maroc) a été classée au Patrimoine Mondial de l´humanité en 1985 et sa Place Jemaa El-Fna, au titre de chef d´oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2001.
Aujourd'hui, le tourisme influe de manière décisive sur l'intégrité fonctionnelle de ce Paysage urbain historique, qu'est la médina de Marrakech. On constate tout d'abord une gentrification progressive de cette médina. L'impact d'une telle mutation sur un espace marqué depuis des siècles par la mixité sociale, est décisif. Aujourd'hui, le risque de « muséifier » la médina de Marrakech est bien réel si l'on n'y maintient que des résidences secondaires pour une certaine élite sociale ou des Ryad (nom donné aux maisons traditionnelles avec jardin intérieur) transformées en maisons d'hôtes pour répondre aux besoins impératifs du tourisme. D'autant que le lien séculaire qui reliait les zones d'habitation et les zones d'activité intra muros est de plus en plus ténu et nombre d'artisans qui vivaient généralement dans la médina des petits métiers qu'ils y exerçaient ne peuvent plus le faire dans l'espace historique qui les abritait et dont la spéculation les a chassés...
De même la Place Jemaa El-Fna, qui est le coeur de la médina de Marrakech, a connu des mutations extrêmement rapides ces dernières années, qui ont eu pour incidence directe un déséquilibre croissant dans ses fonctions traditionnelles. Outre la disparition progressive de certaines pratiques qui lui ont valu son classement, d'autres pratiques encore vivaces connaissent sous la pression touristique, une folklorisation croissante.
Or comme le rappelle la Déclaration sur la conservation des paysages urbains historiques (2005) « les villes historiques vivantes, notamment les villes du patrimoine mondial, exigent une politique d'urbanisme et une gestion qui prennent la conservation comme point de départ. Dans ce processus, l'authenticité et l'intégrité des villes historiques, qui sont déterminées par divers facteurs, ne doivent pas être compromises. » Le paysage urbain historique de Marrakech pose de manière cruciale la question des pressions exercées sur les villes historiques et notamment l'impact du tourisme sur leur intégrité fonctionnelle.
Pourtant, la protection n'est nullement incompatible avec le développement et l'amélioration des conditions de vie des populations...A travers le cas de Marrakech, on tentera d'esquisser les contours possibles d'une politique de protection qui évite le double écueil de la muséification et de la marchandisation à outrance. Mais celle-ci n'est envisageable qu'à condition de ne pas réduire le Paysage urbain historique à un simple « label » pour promouvoir le développement du tourisme car il importe avant tout de poser les bases d'une gestion durable des valeurs universelles exceptionnelles d'un tel site...

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